20/04/2015

A Trois on y va

A-Trois.jpgLe film A trois on y va, sorti sur les écrans le 25 mars dernier, met en scène trois jeunes gens lillois : Micha, chercheur en biologie, sa compagne Charlotte, cadre au chômage qui se produit comme chanteuse à ses heures, et Mélodie, avocate au barreau de Lille.

L'intrigue est simple ; Charlotte trompe son compagnon, Micha trompe sa compagne, bref ils se trompent mutuellement. Jusque là rien de très original. L'aspect original vient du fait qu'ils se trompent mutuellement... avec la même personne... Mélodie justement.

Cette situation conduit à un comique de situation assez loufoque, comme dans la scène où Mélodie est dans la maison du couple et que chaque membre du couple a intérêt à cacher sa présence à l'autre car chacun la croit venue pour soi... le film se termine en apothéose sur la Côte de la Manche, où un couple ami du couple se marie.

Ce film a un certain nombre de qualités qui paraissent aller de soi mais qui sont rares pour un film français : un scénario qui tient à peu près la route, des situations où on ne parle pas que de pognon, une scène qui se déroule ailleurs que dans le VIème arrondissement de la capitale, chose qui confère au film une certaine originalité, même s'il n'échappe pas à un certain nombrilisme bobo. Le spectateur ressent assez fortement la convivialité des cafés et des soirées lilloises. Ceux qui connaissent cette ville reconnaitront d'ailleurs certains éléments typiques de son paysage urbain ; les bars de la vieille ville, le Palais de Justice où officie l'avocate, le tramway du  Mongy en sont des exemples.

Mélodie est incarnée par l'actrice Anaïs Demoustier, originaire de Villeneuve d'Ascq, et au jeu au demeurant assez transparent ; Micha, par Félix Moati, fils de Serge Moati (il fallait bien un fils de...) ; enfin et surtout, Sophie Verbeeck, qui incarne Charlotte, est de loin, du trio d'acteurs, celle qui a la meilleure présence à l'écran.

Ci-après la fiche du film sur le site Comme au cinéma, Cliquez ici.

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11/01/2015

A partir de la Première Guerre mondiale : une immigration plus organisée

Pour ce premier billet de l’année 2015, voici la suite de notre brève série sur l’histoire de l’immigration en Belgique. La première partie est à lire ici : http://d-arras-a-groningen.skynetblogs.be/archive/2014/12...

Bonne lecture, et meilleurs vœux à tous mes lectrices et lecteurs !

VD.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, la Belgique a été occupée par l’armée allemande dans sa quasi-totalité, avec à la clef un mouvement d’exode important, qui rappelle celui qu’a connu la France en 1940. C’est la France qui a été le principal pays de destination des réfugiés belges, par leur nombre, d’environ 300 000, comme par la durée de leur installation, parfois définitive. Restés neutres, les Pays-Bas reçurent leur lot de réfugiés à l’automne 1914, mais ceux-ci regagnent très vite la Belgique, souvent Anvers.

Du point de vue de l’immigration proprement dite, la Première Guerre Mondiale va constituer une borne historique importante. En effet, dans l’entre-deux-guerres, la part des pays limitrophes se résorbe parmi les flux d’immigration, sous l’influence des flux en provenance d’Europe centrale, d’Italie, voire du Maghreb. La destination des immigrés change aussi, les immigrés se dirigent davantage vers les bassins miniers du Hainaut, de Liège, du Limbourg, plutôt que vers les seules grandes villes et les seules zones frontalières. Dans ces grands centres industriels, les étrangers remplacent souvent la main-d’œuvre flamande venue dans la période d'avant la guerre ; les immigrés de l’extérieur remplacent ainsi les immigrés de l’intérieur.

L’autre changement lié à cette période est d’ordre quantitatif ; le nombre d’immigrés augmente fortement durant les années folles. Il passe de 149 000 à 319 000 entre 1920 et 1930, pour se stabiliser ensuite dans les années 1930.

Enfin, l’immigration va perdre de son caractère spontané. Une partie prenante de l’époque déclare qu’ « en s’efforçant de donner satisfaction aux demandes fondées des chefs d’entreprises dont l’activité peut se trouver enrayée faute d’une main d’œuvre suffisante, mon département ne perdra pas toutefois de vue le principe que les travailleurs étrangers ne doivent être admis que comme main d’œuvre d’appoint, quand la nécessité de leur concours a été établie ». Le plus important n’est pas le sens de cette phrase mais la qualité de la personne qui la prononce : un Ministre de l’Industrie et du Travail, chose qui souligne le caractère désormais organisé que prendra de plus en plus l’immigration.

La crise économique des années 1930 pousse les pouvoirs publics à limiter le nombre d’immigrés, en réglementant l’immigration. Un arrêté de décembre 1930 soumet l’entrée du chercheur d’emploi étranger à une autorisation préalable ; six ans plus tard, l’arrêté royal du 31 mars 1936, qui restera en vigueur jusqu’aux années 1960, rend nécessaire l’obtention préalable du permis de travail et de séjour par le travailleur, et d’un permis d’embauche par l’employeur. Ces restrictions stabilisent le nombre d’étrangers entre 1930 et 1938.

A partir de 1937, on assiste à une arrivée de juifs d’Allemagne, suite au redoublement des persécutions puis à la Nuit de Cristal. Un hôte de marque les avait précédés : en 1933, Albert Einstein avait en effet transité par la Belgique avant son exil aux États-Unis. Il résida alors six mois au Coq, station balnéaire de la Côte, puis embarqua à Ostende pour l’Angleterre, pour ne jamais plus remettre les pieds en Europe continentale. En 1939, il y avait 75 000 juifs de nationalité étrangère établis en Belgique.

Le période des Trente Glorieuses renforce des tendances déjà constatées dans la période précédente. L’immigration augmente énormément. Le nombre d’immigrés passe de 300 000 dans l’après-guerre immédiat à 870 000 en 1977.

Durent la même période, les pays méditerranéens deviennent les principaux pays de provenance. L’immigration est organisée par des accords internationaux. Le premier d’entre eux, et sans doute le plus fameux, est l’accord que la Belgique signe avec l’Italie le 20 juin 1946, et que l’on peut résumer par la formule « Main d’œuvre contre Charbon ». Il s’agit en effet de faire repartir l’économie belge et les mines de charbon, surtout en Wallonie bien sûr, mais aussi, et la réalité est moins connue, en Campine, dans la province du Limbourg, en Flandre. L’accord prévoit l’envoi de 2 000 mineurs par semaine en échange de charbon. Les offices italiens s’occupent du placement, sous la surveillance de la Sûreté belge qui place des agents dans le train qui relie Milan à la Belgique. On compte par ailleurs sur les réseaux de l’Église catholique pour exclure les agitateurs. Les ouvriers sont débarqués dans des gares de fret, parfois parqués dans des camps qui ont hébergé des prisonniers de guerre allemands…

L’immigration italienne connaît une sorte d’âge héroïque, mais commence à diminuer après la catastrophe de Marcinelle, en 1956. Ce coup de grisou tue 250 personnes dont 112 italiens. Cela a pour conséquence de conférer une aura de martyre à l'immigration italienne parmi l'opinion belge, mais cela conduit aussi le gouvernement italien à devenir réticent sur l’envoi de mineurs italiens en Belgique ; l’immigration va toutefois continuer si bien que la communauté italienne va compter jusqu’à 300 000 membres dans les années 1970.

Après la catastrophe de Marcinelle la Belgique va se tourner vers d’autres pays, en particulier l’Espagne, le Maroc et la Turquie.

Au cours des années soixante, commence le déclin de la sidérurgie et des mines en Wallonie. « Les années 1959 – 1961, nous dit une spécialiste, constituent la charnière entre une immigration localisée sur le charbon et l’industrie lourde et une immigration dirigée vers des emplois beaucoup plus diversifiés, principalement localisés dans les grandes agglomérations. L’immigration plus tardive des Turcs et des Marocains est donc plus marquée dans les grandes villes (…) ». La Campine, qui va abandonner les mines mais retrouver une prospérité dans cette nouvelle économie, va être au cœur des deux phénomènes. Enfin, des villes comme Bruxelles attirent une main d’œuvre de cadres liée à son statut de capitale de l’Europe et de siège de multinationales.

Prochain épisode… prochainement.

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09/12/2014

L’immigration en Belgique jusqu’à la Guerre de 1914 ; un phénomène limitrophe et limité

Aujourd'hui, début d'une série sur l'immigration en Belgique... en commençant par l'Histoire lointaine, très lointaine...

Au Moyen-âge, pour résumer, la Belgique était divisée par la limite entre le Royaume de France et l’Empire d’Allemagne, qui passait le long de l’Escaut. En l’absence de nation proprement dite, la notion d’ « étranger » s’établissait à partir d’ensembles politiques de frontières différentes de celles qui existent aujourd’hui, mais aussi selon des critères surtout locaux. Il existait alors les pèlerins, les communautés religieuses, certaines catégories de commerçants ou de prêteurs, assimilés aux Lombards ou aux Juifs, les vagabonds, souvent dits « Egyptiens », assimilés aux Tsiganes ; ou encore les aubains, dont le seigneur du lieu pouvait saisir les biens à leur décès. Les villes étudiantes accueillaient leur contingent d’étrangers, quelques centaines à la Renaissance à Louvain.

En l’absence de recensement précis, il est difficile de connaître leur nombre avec précision le nombre de ces « étrangers ». Nous avons toutefois trouvé au cours de nos recherches quelques chiffres qui permettent de l’estimer au XVIIè et au XVIIIè siècle. Ainsi, à Verviers, ville située entre Liège et la frontière allemande actuelle, un mariage célébré sur vingt, entre 1630 et 1699, comptait un conjoint originaire d’une paroisse située à plus de 20 kilomètres de la ville, ce qui est très peu. En 1755, Bruxelles comptait 900 étrangers sur une population de 58 000 habitants. Ces deux données nous permettent de mesurer à quel point la population étrangère – dans le premier exemple, au sens d’étranger à la paroisse - était marginale.

Au XIXe siècle, la Révolution industrielle, qui provoque de nombreux besoins de main-d’œuvre, va commencer à « ébrécher » ce constat… mais tout doucement.

La part relative des étrangers passe de 2 % de la population générale en 1846, date du premier recensement, à 3,5 % à la veille du premier conflit mondial : malgré l’augmentation en fin de la période, la présence étrangère en Belgique reste faible dans l’absolu.

De plus, et c’est le deuxième point fondamental, l’immigration est constituée quasi-exclusivement de ressortissants de pays limitrophes. En 1842, selon un recensement réalisé à Bruxelles, 6 % seulement des étrangers résidant dans la ville ne sont ni français, ni néerlandais, ni « allemands », ni britanniques. Ce caractère « d’immigration par contiguïté », selon l’expression de l’historien Jean Stengers, s’est maintenu jusqu’en 1914. Il s’agit en outre d’une immigration éparse ; selon le même historien, « du tailleur ou de l’ébéniste allemand (…), de l’artiste ou de l’homme de lettres français au voyageur de commerce venu de Paris pour prospecter pendant un certain temps le marché belge, de la servante ou de la domestique de Hollande à la gouvernante anglaise, il y a avant 1914 tout un petit monde (…) qui va et qui vient ». Ce « petit monde » compte quelques personnages de marque, tels Victor Hugo et Karl Marx, mais cette immigration politique n’a jamais été très nombreuse, exception faite des plusieurs milliers de réfugiés religieux arrivés après la Séparation de l’Église et de l’État en France de 1905.

Seules la communauté allemande d’Anvers, qui constitue alors un tiers des effectifs de la Chambre de Commerce, et un début d’immigration juive ont un caractère de « communauté » au sens contemporain du terme. L’immigration juive elle-même provient surtout des pays voisins, parfois il est vrai de leurs contrées les plus éloignées : par exemple, un nombre relativement important de juifs originaires de l’Est de l’Empire allemand (Königsberg, aujourd’hui Kaliningrad en Russie et Breslau, aujourd’hui Wroclaw en Pologne) immigrent en Belgique. Les diamantaires juifs d’Anvers quant à eux viennent souvent d’Amsterdam. La beauté mélancolique des canaux de Bruges semble par ailleurs attirer de nombreux rentiers britanniques.

En dehors des grandes métropoles, la plupart des étrangers vivent à proximité de la frontière, près d’Aix-la-Chapelle pour les allemands, ou le long de la frontière française pour les français. Ainsi, en 1900, sur les 515 personnes nées à l’étranger que compte la ville de Dixmude, proche de Dunkerque, plus de 90 % sont nés dans la France toute proche. « Pour une foule de Belges, nous dit Jean Stengers, la frontière entre les deux pays ne compte guère plus, psychologiquement, que les limites entre provinces ; il y a simplement quelques douaniers en plus ». Il existait tout une vie locale qui se jouait des frontières internationales, chose renforcée en l’espèce par l’absence de barrière naturelle. Il n’y avait pas par ailleurs de véritable frontière linguistique : de part et d’autre de la frontière, on parlait des dialectes très proches, qu’ils fussent flamands ou wallons, que l’on fût en Belgique ou en France. Cette migration transfrontalière se fait, évidemment, de manière spontanée.

Dans l’autre sens, l’émigration est aussi avant tout un phénomène de voisinage ; selon Frère-Orban, un politicien libéral de l’époque, « le Belge n’est pas porté aux entreprises d’outre-mer… il n’aime pas émigrer et, dût-il le faire pour chercher sa subsistance, il a à sa porte une colonie qui lui suffit largement, c’est la France, où des milliers de nos compatriotes vont s’établir ». Les Belges y ont effectivement longtemps constitué la principale communauté étrangère, jusqu’en 1901 où ils sont dépassés par les Italiens. Le principal département de destination est la Seine, avec 10 %, et surtout… le Nord, avec 60 % des immigrés belges. On voit donc que les destinations préférées des Belges n’étaient pas démesurément éloignées. Ils étaient surtout employés dans l’industrie textile ou charbonnière dans le Nord, dans les petits métiers de l’artisanat à Paris, où les domestiques, surtout flamandes, « sont recherchées, nous dit un témoin de 1867, pour leur propreté, leur goût des choses du ménage, leur force de travail, leur amour des enfants, et, dans certains cas, leur catholicité ». De plus, de nombreux belges venaient pour les travaux agricoles, avec un caractère fortement saisonnier.

Les phénomènes d’émigration vers l’outre-mer, et en particulier vers l’Amérique, sont très circonscrits. Il existe ce que l’on appelle l’émigration par fièvre, des promoteurs parfois peu scrupuleux proposant une émigration à des prix avantageux, en offrant le billet d’aller simple par exemple. Ainsi, à Grez-Doiceau, près de la ville nouvelle de Louvain-la-Neuve, un habitant sur sept émigra vers le Wisconsin en 1855. Le même phénomène se reproduit par vague, ou plutôt par vaguelette, vers le Brésil en 1888 ou l’Argentine en 1889. Quant au Congo, officiellement annexé en 1908, il n’attire à cette époque que moins de 2 000 colons belges, essentiellement de manière temporaire.

Prochain épisode : L’Entre-deux-guerres.

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