11/01/2015

A partir de la Première Guerre mondiale : une immigration plus organisée

Pour ce premier billet de l’année 2015, voici la suite de notre brève série sur l’histoire de l’immigration en Belgique. La première partie est à lire ici : http://d-arras-a-groningen.skynetblogs.be/archive/2014/12...

Bonne lecture, et meilleurs vœux à tous mes lectrices et lecteurs !

VD.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, la Belgique a été occupée par l’armée allemande dans sa quasi-totalité, avec à la clef un mouvement d’exode important, qui rappelle celui qu’a connu la France en 1940. C’est la France qui a été le principal pays de destination des réfugiés belges, par leur nombre, d’environ 300 000, comme par la durée de leur installation, parfois définitive. Restés neutres, les Pays-Bas reçurent leur lot de réfugiés à l’automne 1914, mais ceux-ci regagnent très vite la Belgique, souvent Anvers.

Du point de vue de l’immigration proprement dite, la Première Guerre Mondiale va constituer une borne historique importante. En effet, dans l’entre-deux-guerres, la part des pays limitrophes se résorbe parmi les flux d’immigration, sous l’influence des flux en provenance d’Europe centrale, d’Italie, voire du Maghreb. La destination des immigrés change aussi, les immigrés se dirigent davantage vers les bassins miniers du Hainaut, de Liège, du Limbourg, plutôt que vers les seules grandes villes et les seules zones frontalières. Dans ces grands centres industriels, les étrangers remplacent souvent la main-d’œuvre flamande venue dans la période d'avant la guerre ; les immigrés de l’extérieur remplacent ainsi les immigrés de l’intérieur.

L’autre changement lié à cette période est d’ordre quantitatif ; le nombre d’immigrés augmente fortement durant les années folles. Il passe de 149 000 à 319 000 entre 1920 et 1930, pour se stabiliser ensuite dans les années 1930.

Enfin, l’immigration va perdre de son caractère spontané. Une partie prenante de l’époque déclare qu’ « en s’efforçant de donner satisfaction aux demandes fondées des chefs d’entreprises dont l’activité peut se trouver enrayée faute d’une main d’œuvre suffisante, mon département ne perdra pas toutefois de vue le principe que les travailleurs étrangers ne doivent être admis que comme main d’œuvre d’appoint, quand la nécessité de leur concours a été établie ». Le plus important n’est pas le sens de cette phrase mais la qualité de la personne qui la prononce : un Ministre de l’Industrie et du Travail, chose qui souligne le caractère désormais organisé que prendra de plus en plus l’immigration.

La crise économique des années 1930 pousse les pouvoirs publics à limiter le nombre d’immigrés, en réglementant l’immigration. Un arrêté de décembre 1930 soumet l’entrée du chercheur d’emploi étranger à une autorisation préalable ; six ans plus tard, l’arrêté royal du 31 mars 1936, qui restera en vigueur jusqu’aux années 1960, rend nécessaire l’obtention préalable du permis de travail et de séjour par le travailleur, et d’un permis d’embauche par l’employeur. Ces restrictions stabilisent le nombre d’étrangers entre 1930 et 1938.

A partir de 1937, on assiste à une arrivée de juifs d’Allemagne, suite au redoublement des persécutions puis à la Nuit de Cristal. Un hôte de marque les avait précédés : en 1933, Albert Einstein avait en effet transité par la Belgique avant son exil aux États-Unis. Il résida alors six mois au Coq, station balnéaire de la Côte, puis embarqua à Ostende pour l’Angleterre, pour ne jamais plus remettre les pieds en Europe continentale. En 1939, il y avait 75 000 juifs de nationalité étrangère établis en Belgique.

Le période des Trente Glorieuses renforce des tendances déjà constatées dans la période précédente. L’immigration augmente énormément. Le nombre d’immigrés passe de 300 000 dans l’après-guerre immédiat à 870 000 en 1977.

Durent la même période, les pays méditerranéens deviennent les principaux pays de provenance. L’immigration est organisée par des accords internationaux. Le premier d’entre eux, et sans doute le plus fameux, est l’accord que la Belgique signe avec l’Italie le 20 juin 1946, et que l’on peut résumer par la formule « Main d’œuvre contre Charbon ». Il s’agit en effet de faire repartir l’économie belge et les mines de charbon, surtout en Wallonie bien sûr, mais aussi, et la réalité est moins connue, en Campine, dans la province du Limbourg, en Flandre. L’accord prévoit l’envoi de 2 000 mineurs par semaine en échange de charbon. Les offices italiens s’occupent du placement, sous la surveillance de la Sûreté belge qui place des agents dans le train qui relie Milan à la Belgique. On compte par ailleurs sur les réseaux de l’Église catholique pour exclure les agitateurs. Les ouvriers sont débarqués dans des gares de fret, parfois parqués dans des camps qui ont hébergé des prisonniers de guerre allemands…

L’immigration italienne connaît une sorte d’âge héroïque, mais commence à diminuer après la catastrophe de Marcinelle, en 1956. Ce coup de grisou tue 250 personnes dont 112 italiens. Cela a pour conséquence de conférer une aura de martyre à l'immigration italienne parmi l'opinion belge, mais cela conduit aussi le gouvernement italien à devenir réticent sur l’envoi de mineurs italiens en Belgique ; l’immigration va toutefois continuer si bien que la communauté italienne va compter jusqu’à 300 000 membres dans les années 1970.

Après la catastrophe de Marcinelle la Belgique va se tourner vers d’autres pays, en particulier l’Espagne, le Maroc et la Turquie.

Au cours des années soixante, commence le déclin de la sidérurgie et des mines en Wallonie. « Les années 1959 – 1961, nous dit une spécialiste, constituent la charnière entre une immigration localisée sur le charbon et l’industrie lourde et une immigration dirigée vers des emplois beaucoup plus diversifiés, principalement localisés dans les grandes agglomérations. L’immigration plus tardive des Turcs et des Marocains est donc plus marquée dans les grandes villes (…) ». La Campine, qui va abandonner les mines mais retrouver une prospérité dans cette nouvelle économie, va être au cœur des deux phénomènes. Enfin, des villes comme Bruxelles attirent une main d’œuvre de cadres liée à son statut de capitale de l’Europe et de siège de multinationales.

Prochain épisode… prochainement.

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